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Comment Sarkozy et Hollande ont armé les jihadistes du nouveau califat syro-irakien.

Addendum 20 août 2014 : François Hollande confirme au Monde que la France a armé les rebelles syriens, tout en voulant faire croire qu’il s’agissait de démocrates laïcs, un mensonge énorme (lire plus bas).

Photo: Nicolas Sarkozy, en compagnie de Moustapha Abdeljalil, islamiste recyclé du régime de Kadhafi et président du CNT, lors de la rencontre des «amis de la Libye» le 1er septembre 2011.

Phase 1: soutien par Sarkozy des djihadistes libyens intégrés au CNT

Dans son livre d’enquête sur les conséquences de la guerre en Libye Sahelistan (Seuil, 2013), Samuel Laurent interroge Douna, un chef Toubou, une tribu noire qui a été persécutée par la tribu arabe des Ouled Slimane, intégrée au Conseil National de Transition (CNT) soutenu par la France.

Les Toubous se sont fait massacrés dans la ville de Sebha par les Ouled Slimane. Douna précise à Samuel Laurent :

 «  Ils prennent nos maisons pour cible avec des canons ! Des canons de 106 mm !Je vais vous montrer . Et vous verrez que je ne ment pas quand je vous parle de massacre.

[if !supportLists]-       [endif]Et les snipers, et les mortiers ! Les Ouled Slimane tirent sur les gens de Tayouri avec tout ce qu’ils trouvent ! Même sur les femmes et les enfants ! Pourtant, ces « révolutionnaires » travaillent avec le CNT. Et le CNT travaille avec Paris ! (…)

Grâce à la complicité de la tribu arabe Ouled Slimane, l’émir d’Aqmi Moktar Belmokhtar a gagné un accès direct à la mer pour son trafic de cigarette poursuit le contact de Samuel Laurent :  « Avant la révolution, il devait contourner la Libye. Khadafi ne laissait pas passer grand-chose. Les trafiquants lui semblaient trop étroitement liés aux mouvements islamistes, ses ennemis jurés, pour qu’il pactise avec eux. Or, aujourd’hui, pour Mokhtar Belmokhtar, ce problème n’existe plus. Il peut faire rouler ses camions à travers le désert, en monnayant un droit de passage auprès des Ouled Slimane ou des Zouyis »

Samuel Laurent demande « Vous prétendez que le CNT entretient des liens avec al-Qaida ? »

Douna : « Vérifiez vous-même ! Juawahi, le ministre de la Défense (1), vient de nommer Abdoul Wahab Hassain Qaid responsable de la surveillance des frontières sud. Il s’agit du propre frère d’Abou Yahya al-Libi (tué en 2012 par un drone américain), étoile montante d’Al Qaida et possible remplaçant d’Oussama Ben Laden ! Avec l’arrivée en poste d’un tel homme, on peut au moins se poser des questions : si le CNT voulait faciliter l’implantation de cette organisation dans la région, il ne s’y prendrait pas autrement ! Sans parler des villes frontalières comme Ghat et Oubari, en zone touarègue, infestées par les jihadistes algériens d’Aqmi, sous l’œil bienveillant de nos responsables…

Laurent : « Quel rapport avec les massacres de la semaine dernière ? »

Douna : « Le désert nous appartient et les tribus arabes le savent ! Ils doivent se débarrasser de nous pour que leur commerce puisse prospérer en toute quiétude ! En affaiblissant notre communauté à Sebha et à Koufra, ils garantissent la pérénnité de leurs intérêts. Conformément aux instructions de leurs maîtres…

 -Leurs maitres ?

– Aqmi ! Les Ouled Slimaneet les Zouayis étouffent les Toubous pour laisser le champ libre aux émirs du Sahel. En même temps, ils consolident leurs positions à l’intérieur de la Libye, en accumulant toujours plus d’armes, plus d’argent, plus de pouvoir . Tout le monde y trouve son compte…

– Sauf les Toubous ?

-Exactement ! »

(1) Ministre de la Défense du gouvernement el-Keib. Interview de mai 2012.

* Relire l’article du Monde du 29 juillet 2011 :  La France aurait livré des armes au rebelles libyens 

* Relire l’article du Figaro du 26 juin 2011 : La France a parachuté des armes aux rebelles libyens

* Relire l’article de Libération du 16 janvier 2013 : Libye, dépôt d’armes jihadiste

> Résultat ? Des armes de tout types, même lourdes, se vendent à ciel ouvert sur les marchés des grandes villes libyennes. Le stock d’armes de la Libye ainsi que les armes françaises se sont retrouvées au Mali face aux forces françaises, en Syrie et en Irak.

A la fois les pro et les anti Kadhafi se sont retrouvés en possession d’armes françaises, un énorme fiasco de Nicolas Sarkozy.Exemple, une dépêche AFP du 30 août 2011 est titrée : Des armes françaises aux mains d’ex combattants pro Khadafi au Mali

Lire Sahelistan (Seuil, 2013) pour plus d’informations précises sur le rôle de la France qui a installé les islamistes au pouvoir en Libye.

Phase 2: Soutien matériel aux djihadistes Syriens par Hollande via la vitrine ASL

Dans son enquête en Syrie auprès des principaux chefs de la rébellion islamiste , Samuel Laurent a recueilli des conversations riches d’enseignement. Page 48 de Al Qaida en France (Seuil, 2014) on lit :

« Abou Amine est le gendre de Cheikh Bakri, membre de l’Etat islamique en Irak. Il me présente ses deux compagnons d’une voix terne et sans chaleur :

–  Voici le commandant Abou Moustapha, des brigades Al-Farouk. Et voici Abou Samir. Il nous aidera dans la traduction.

Samuel Laurent : Je ne comprends pas une chose. Vous faites partie de l’Etat islamique en Irak, mais vous venez avec un commandant d’Al-Farouk, membre de l’Armée syrienne libre (ASL) … ?

Et alors ? demande le beau-frère de Bakri, en allumant une nouvelle cigarette.

Les deux organisations entretiennent des rapports plutôt tendus ? Je crois qu’ils viennent de se tirer dessus, aujourd’hui ou hier, à quelques kilomètres d’ici ?

– Tout d’abord Abou Moustapha est un ami personnel. Ensuite, vous devez comprendre que ce qu’on appelle à Paris ou à Washington l’Armée syrienne libre n’a absolument aucune existence. Si les leaders de l’ASL donnent un ordre à « leurs » brigades, personne n’obéit. L’ASL ne sert qu’à une chose : recueillir des fonds et des armes en provenance de l’Occident. Mais en réalité, chaque brigade fait ce qu’elle veut. Et puis, les alliances changent. Aujourd’hui, l’ASL souffre de la corruption et des rivalités internes. Alors ses combattants rejoignent l’Etat islamique en Irak ou Jabhat al-Nosra…

Page 49. Pour plus d’informations lire Al-Qaida en France (Seuil, 2014), enquête qui commence en Syrie pour se terminer dans les banlieues françaises.

Concernant la livraison d’armes françaises aux djihadistes syriens, au détour d’un article de Georges Malbrunot dans Le Figaro du 29 octobre 2013 intitulé « Jordanie: comment la CIA livre des armes aux rebelles syriens » on apprend que la France siège à une « opération room »  [salle des opérations] à Amman en Jordanie dirigée par l’Arabie Saoudite, coordonnant la livraison d’armes aux djihadistes provenant des « pays donateurs » du Golfe ou inféodés aux Etats-Unis. Sans aucune information aux citoyens Français, un scandale bizarrement camouflé alors que François Hollande avait soit-disant refusé d’armer les rebelles :

« Autour de Damas, l’ASL dispose d’une quinzaine de cellules d’opérations. Chacune d’elles est reliée à la salle des opérations d’Amman, où est décidée en amont la répartition des armes aux rebelles. Une seconde war room est installée en Turquie pour le nord de la Syrie. Au préalable les cellules d’opération envoient leurs besoins à Amman. « Parfois, certaines armes sont livrées en fonction d’une opération planifiée à l’avance avec les Occidentaux«  souligne le cadre de l’ASL.

L’operation room d’Amman est commandée par le prince saoudien Sultan Bin Sultan, frère de Bandar, le chefs des services de renseignement du royaume, ou en son absence par un Américain. S’y retrouvent, aux côtés des Jordaniens, un représentant des pays donateurs: Grande-Bretagne, France, Italie, Qatar, Emirats Arabe Unis, Turquie et un envoyé de Saad Hariri, le dirigeant libanais sunnite, proche de l’Arabie Saoudite. « Les réunions pouvaient durer sept à huit heures, se rappelle Anwar. Et se poursuivre jusque tard dans la nuit à l’hôtel Four Seasons de la capitale. »

Au cours des premiers mois de l’année, 600 tonnes d’armes seraient parvenues aux opposants d’Assad à partir de la Jordanie.  (…) »

Relire aussi un article du grand reporter du Figaro informant qu’un bateau chargé d’armes européennes parti de Croatie, financé par l’Arabie Saoudite, a vu sa cargaison finir chez les djihadistes. Et, troisième élément accablant apporté par la presse, des missiles anti-char français MILAN ont été livrés aux djihadistes ainsi que le rapporte Le Monde du 8 juillet 2013. Hollande et Fabius vont-ils être  mis en examen pour « liens avec une organisation terroriste » ?

Note importante: l’Armée Syrienne Libre (ASL) officiellement soutenue par la France qui reconnait sa branche politique, le CNS,  comporte de nombreuses brigades djihadistes avérées, voir la liste d’après la revue Moyen-Orient.

Observatoire de l’islamisation, 12 août 2014.

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