Observatoire de l'islamisation : la plus grande base de données francophone sur l'islamisme
Mosquées radicales : ce qu'on y dit, ce qu'on y lit (Dominique Martin Morin éditeur, novembre 2016), en vente chez Amazon, Fnac, Decitre...

L’Observatoire de la laïcité décrié par les vigies de la République

« L’Observatoire de la laïcité assiste le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France. Il réunit les données, produit et fait produire les analyses, études et recherches permettant d’éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité », lit-on sur son site hébergé chez le Premier ministre. Il est dirigé par l’ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco (photo). 

Parmi ses vingt-et-un membres, des hauts fonctionnaires, quatre parlementaires et dix profils de la société civile apportant leur expertise, comme le courageux philosophe Abdennour Bidar mais aussi Dounia Bouzar qui dirigeait un centre de déradicalisation dont le bilan fut un fiasco. L’embauche de l’islamiste Farid Benyettou dans le centre de cette dernière, sorti de prison après sa condamnation pour son appartenance à la filière des Buttes-Chaumont, a fini de décrédibiliser cette « spécialiste ».

L’Observatoire auditionne des centaines d’acteurs sociaux, sociologues et personnels de l’Éducation chaque année, afin de prendre le pouls de la société sur la question sensible du religieux dans l’espace public. Il rend des recommandations, des avis et joue un rôle moteur dans la formation des fonctionnaires aux problématiques d’articulations entre religion et état.

Chaque année, un volumineux rapport est publié. Celui de l’exercice 2017-2018 fait plusieurs avis comme l’embauche de nouveaux « aumôniers » musulmans dans les prisons, une formation à la laïcité pour les futurs professeurs, chose déjà mis en place pour les imâms avec un Diplôme Universitaire créé expressément, d’un niveau dérisoire. L’Observatoire de la laïcité déplore dans les territoires certaines difficultés relatives à la gestion de l’abattage rituel, et présente le financement public d’abattoirs temporaires pour l’Aïd El Kebir comme un « intérêt public local ».

Jean-Louis Bianco, dans ce rapport, rejette la montée de l’islamisme sur les politiques publiques françaises et va jusqu’à parler de « ségrégation », un terme fort incitant à la victimisation des populations musulmanes pourtant très bien traitées en France : « S’il y a des pressions communautaristes, c’est qu’il y a du communautarisme et s’il y a du communautarisme c’est qu’il y a de la ségrégation et que les politiques publiques ont été inefficaces».  

A la page 59 du rapport, est indiqué que les intervenants en milieu scolaire occasionnels (parents, formateurs) « ne sont pas soumis à une obligation de neutralité » et peuvent donc venir voilés et parler de leurs convictions religieuses. On lit çà et là des phrases étonnantes comme « L’Arabie saoudite amorce un virage vers la modération religieuse » (page 265), montrant la clémence de l’Observatoire quant au salafisme wahhabite.

Première polémique : la pétition cosignée avec des Frères Musulmans

Une tribune, publiée le 15 novembre 2015, soit deux jours après les attentats de Paris, intitulé « Nous sommes unis », fut signée par Jean-Louis Bianco, ainsi que par plusieurs organisations de la mouvance frériste, comme le Collectif contre l’islamophobie en France, Nabil Ennasri, issu de l’IESH et philo qatari, ou Youssef Himmat – président des Étudiants Musulmans d’Europe (FEMYSO) fils de Ghaleb Ali Himmat, responsable des Frères Musulmans en Allemagne et des principaux actionnaires de la banque Al Taqwa de la confrérie.

La tribune est un appel très convenu sur la nécessaire unité nationale à maintenir, mais le choix des mots n’est pas anodin car jamais n’est formulé l’identité des terroristes comme étant des djihadistes ou des islamistes radicaux, l’idéologie est éludée ainsi : « la folie meurtrière motivée par une idéologie mortifère et inhumaine », sans autre définition.

Trois jours plus tard, le Premier ministre Manuel Valls critique vertement l’initiative de Jean-Louis Bianco de s’associer à ces islamistes :

«L’Observatoire ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité. Il doit être clair sur les appels que l’on signe : on ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d’un climat nauséabond, ça n’est pas possible»

 

Nicolas Cadène critique Élisabeth Badinter

Autre polémique, celle de la réaction abrupte du rapporteur de l’Observatoire, Nicolas Cadène, à une interview de la philosophe Élisabeth Badinter sur France Interpour qui « il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe » lorsqu’on défend la laïcité à la française, accusation largement admonestée par les islamistes. Cette interview était réalisée en janvier 2016 lors d’une émission spéciale sur l’attaque de Charlie Hebdo.  Nicolas Cadène réagit sur Twitter le lendemain en disant que « 3 ans de travail de pédagogie [ndlr : de son Observatoire] détruit par l’interview ».

Les réactions à ce commentaire et à la pétition cosignée avec les islamistes n’ont pas tardées. Afin de défendre la philosophe, Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, recadre :  « Je verrai bientôt Jean-Louis Bianco. L’Observatoire de la laïcité, placé d’ailleurs sous ma responsabilité –je lui rappellerai–, ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité ».

Mohamed Sifaoui, journaliste spécialiste de l’islamisme, défend aussi Badinter en s’adressant à Nicolas Cadène : « Vous êtes pathétique. Badinter est sur la ligne de Manuel Vallsqui dit la République ne veut ni salafistes ni Frères musulmans ».

Puis trois membres, et non des moindres, de l’Observatoire de la laïcité, démissionnent après avoir dénoncé les propos de Nicolas Cadène. L’ancien ministre socialiste Jean Glavany, la journaliste Françoise Laborde et Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République.  Le 11 janvier, ils annoncent dans un communiqué leur décision de « suspendre [leur] participation aux travaux de l’Observatoire de la laïcité tant que le rapporteur général ne se sera pas excusé ou qu’il n’aura pas été désavoué ». Jean-Louis Bianco réagit en dénonçant un « communiqué mensonger, dérisoire, risible et inacceptable » de la part du trio.

Laurence-Marchand Taillade, élue de gauche qui a fondé un Observatoire sur la laïcité dans le Val d’Oise, avec Mohamed Sifaoui, a lancé une pétition pour la démission de Jean-Louis Bianco en janvier 2016.

Le voile lors du Service National Universel ?  

La dernière polémique date de ce mois de janvier. Saisi au mois de novembre pour rendre un avis sur l’application de la laïcité dans le cadre du futur Service National Universel pour les collégiens, l’Observatoire recommande que « le principe d’interdiction des signes religieux ostensibles en vigueur à l’école publique ne s’applique pas aux jeunes de 14 à 16 ans lors des 15 jours de leur internat lors de leur service national civique ».

 La journaliste Anna Cabana interrogeait le 8 janvier le ministre de l’Éducation Blanquer sur l’opportunité de cet accommodement, rappelant que le but de ce service est le mélange des jeunes dans un moule commun. Réponse du ministre : “L’observatoire de la laïcité ne m’a pas consulté avant de faire cette recommandation, c’est évidemment une recommandation que je ne suivrai pas. Ils se trompent”.

Autre recommandation de l’Observatoire, la possibilité d’offrir des menus halal aux élèves, nous citons : « Il reste que le service de restauration pourra proposer de la nourriture confessionnelle aux « appelés » le demandant si cette demande est réellement en lien avec une pratique religieuse et non une habitude culturelle et si cette demande ne s’oppose pas aux contraintes inhérentes (rappelées ci-dessus) à la structure[1]»

Nous avons donc échappé de peu à des filles voilées lors du service national universel de la république. A quand l’éviction de Jean-Louis Bianco de cet Observatoire ?

[1]https://www.saphirnews.com/attachment/1180785/

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