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Hakim El Karoui s’entoure d’islamistes pour fonder son association de musulmans (preuves)

Une conférence de presse présentant l’Association musulmane pour l’islam de France (AMIF) s’est tenue le 21 janvier à l’Unesco (Paris). Hakim El Karoui qui veut monter cette association concurrençant le CFCM a présenté son équipe, dont les membres du « conseil théologique » composé d’imâms et de prédicateurs présents à la conférence de presse. Passons en revue ces personnes bien connues du paysage islamique français, dont plusieurs sont issus des Frères Musulmans de l’UOIF (Tarek Oubrou, Farid Abdelkrim) ou du malékisme traditionnel. Leur profil confirme une radicalisation de la pratique de l’islam en France, car leur présence a été jugée incontournable pour assurer une représentativité.

-Tarik Abou Nour, connu aussi sous le nom de Tarik Bengarai est le fondateur et directeur du site Doctrine-malékite.fr. Sa biographie Linkedin nous indique qu’il a enseigné à l’IIIT, Institut international de la pensée islamique créé par Frères Musulmans, dont le fondateur, Ismail al Faruqi (1921-1986) fut un grand théoricien de la confrérie aux Etats-Unis, qui a lancé la stratégie d’ « islamisation des savoirs ». Faruqi enseigne dans son livre phare Tawid, édité en français par l’IIIT, que les groupes humains refusant la pax islamica proposée par l’Etat islamique, même en gardant une attitude isolationniste pacifique, « méritent une réponse coercitive de la part de l’Etat islamique » page 217. On ne s’étonne donc pas de voir sur la page d’accueil de Doctrine-malékite.fr le livre La Risâla (Epître) de Zayd al-Qayrawani (922 – 996) où on lit dans son chapitre 30 consacré au jihâd :

« Le Jihâd est une obligation. A notre avis, on ne doit faire la guerre à un ennemi avant de l’inviter à la religion d’Allah (à moins que ça ne soit lui qui prenne l’offensive). Ils sont sommés alors d’embrasser l’islam ou de payer la capitation djizya, ou on leur fera la guerre. On accepte la djizya des ennemis s’ils vivent dans un endroit soumis à nos lois. S’ils sont loin de notre portée la djizya n’est acceptée d’eux que s’ils viennent à nos territoires, sinon on leur fait la guerre. L’ennemi doit être combattu sans qu’il soit nécessaire de savoir si le chef est pieux ou dépravé. Nul inconvénient à tuer les prisonniers de guerre qu’on aurait fait parmi les blancs (…) [1]».

Dans ce même livre promu par Tarik Abou Nour on lit que « Les hérétiques (Zindiq) doivent être mis à mort et leur repentance est à rejeter ».

Le théologien d’Al Karoui a aussi « traduit, annoté et commenté » le livre de Ibn Ashir L’essentiel de la religion musulmane (éditions Iqra, 2007) où se dégage une vision très orthodoxe de l’islam malékite. Ainsi, durant le jeûne du ramadan, il est outre interdit de boire de l’eau, prohibé de prendre des médicaments (page 187), une vision extrême de cette pratique. Concernant « l’aumône purificatrice légale » faite aux pauvres, ils doivent être « obligatoirement musulmans » (page 175), soit une discrimination tombant sous le coup de la loi française. Par contre, donner pour « la Cause de l’islam » c’est à dire selon la note de bas de page de Abou Nour pour le « Mujahîd » [Combattant de Dieu], est recommandable.

On ne s’étonne donc pas de lire comme « obligation communautaire » le « Jihâd physique » (page 106). Concernant les femmes , est rappelé comme « devoir » le fait de « satisfaire le désir de son mari chaque fois qu’il le demande », les féministes apprécieront. Pour finir de cerner le théologien Abou Nour Bengarai, il présente dans ce livre « essentiel » les prescriptions les plus triviales de l’islam comme entrer dans les toilettes du pied gauche.

L’imâm Bajrafil d’Ivry-sur-Seine fait aussi partie du Conseil théologique de l’Amif. Il se présente comme formé à l’école des Frères Musulmans Safwat Hegazi  et Al Qaradawi (il est fier de les présenter comme « Ses références » dans son auto-biographie sur son site officiel). Dans son livre récent Islam de France an I, (éditions Plein jour,2015) Bajrafil qualifie de “livre de référence du droit musulman dans la gestion du pouvoir” (p.37) le livre Les Statuts gouvernementaux de El Mawerdi  (972-1058),  traité de droit devant guider un califat idéalqui interdit d’édifier des églises entre autres discriminations légales contre les chrétiens:

« ils ne peuvent élever en pays d’islam de nouvelles synagogues ou églises, qui sont, le cas échéant démolies à leur détriment » page 308, édité par les Editions du patrimoine Arabe et Islamique, bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe. Le refus du statut de Dhimma comprenant vexations et impôt (jizya) a pour conséquence l’annhilation des Chrétiens. Page 31 des Statuts Gouvernementaux ont lit effectivement : « Combattre ceux qui, après y avoir été invités, se refusent à embrasser l’islam, jusqu’à ce qu’ils se convertissent ou deviennent tributaires ».

Bajrafil qualifie aussi de « grand juriste musulman » Ibn Qayyim al Jaziyya (page 28) qu’il qualifie de « référence », connu pour avoir écrit un livre entier consacré au statut des dhimmi intitulé Le Statut des tributaires (Akâm ahl al dimma) qui défend aux chrétiens de sonner les cloches ou d’orner leurs églises de croix, entre autres vexations.

Sur Tariq Ramadanil évite soigneusement de le critiquer durement, en disant « au moins il a travaillé, il a fait réfléchir sa tête, il a sorti de sa tête ce qu’il croit être bon pour sa communauté (…) Pourquoi faire des mises en garde contre Tariq Ramadan ?[2] » (Source).

Sur les « savants » du Conseil européen de la Fatwa des Frères Musulmans, présidé par le psychopathe Youssef Al Qaradawi[3], Bajrafil leur donne tout son crédit : « On te dit le Conseil européen de la Fatwa a dit, qui il y a derrière ? Les cheikhs dont je viens de vous parler, docteur Ahmed Jaballah (UOIF), docteur El Arabi Becheri , docteur, docteur, le docteur Abou Salman a même fini ses études je n’étais pas né. Il y a un minimum quand même ! Le docteur Qaradawi il a fini ses études de doctorat en 1979 j’étais encore en couche. Je n’ai pas à me moquer de lui[4]. » (source)

Tariq Oubrou est aussi membre de ce conseil théologique décidemment noyauté par la mouvance frériste. Dans un livre d’entretien intitulé Le Prêtre et l’imâm publié en août 2013, l’imâm de Bordeaux se revendique des Frères Musulmans. A une question sur « l’influence grandissante de groupes islamistes »en France, Tareq Oubrou admet « continuer d’être membre du mouvement [des Frères Musulmans] » sans aucunement le critiquer, en prétendant qu’il « modernise la religion sans toucher à l’essentiel ». Il livra sa vision profonde de l’islam peu conforme à l’idéal de la République française lors d’une conférence destinée à un public de fidèles, intitulée Les bases de la compréhension de l’islam chez l’imâm Al-Banna. On l’écoute prononcer ces phrases :

« La politique est une donnée, est une partie, est un élément de l’islam. Le Prophète était un chef d’Etat[…] La politique des musulmans ce n’est pas la politique des autres, la politique des autres est construite sur le mensonge[…] L’islam comme le veut le Coran touche à tous les domaines de la vie. C’est un Etat, c’est un pays[…] il regroupe toute la communauté dans une géographie. Il n’y a pas de frontières […]la frontière entre deux pays est une hérésie méprisable en islam. Les Frères musulmans ne reconnaissent pas les frontières entre les peuples musulmans. […]Le Califat est une obligation, et la réunion des musulmans, l’union autour de ce Calife est une obligation. Et tant que les musulmans ne sont pas réunis autour du Califat,ils sont des pécheurs, sauf ceux qui œuvrent pour restaurer ce Califat ».

Pas étonnant alors de retrouver ce 21 janvier autour d’Hakim El Karoui l’ancien président des Jeunes Musulmans de France, Farid Abdelkrim, disant avoir rompu avec les Frères Musulmans, mais qui titrait son livre Na’al Bou La France[Qu’Allah Maudisse la France] ?!  (éditions Bayane, 2004) dont de la pénible lecture ressort une victimisation paranoïaque des musulmans, à grand renforts d’anecdotes inventées comme celle d’une course de vélos organisée par une française qui privilégierait par racisme un « jeune blond aux yeux bleus », au détriment d’un champion musulman. Le chapitre suivant coule donc de source, interpellant : « Oh douce France ! tu t’étonnes ainsi que tes enfants soient aussi nombreux à communier dans ce cinglant « na’aboul la France » et de maudire de la sorte tes pères ? Viens je t’emmène faire un tour ». Et peut s’ouvrir alors une tournée dans une France islamophobe et raciste, dont la première étape est l’école de la république osant interdire le hijab dans son enceinte.

Mais quelle mouche a piqué Hakim El Karoui pour s’entourer de tels personnages ainsi orientés ? Les statuts de l’Amif ne sont pas encore déposés que cette association est déjà disqualifiée de par sa coloration extrémiste. Emmanuel Macron devrait publiquement désavouer l’initiative de son conseiller sur les questions religieuses afin de rassurer les spécialistes de l’islam.

En complément lire cet autre décryptage par Mohamed Louizi ancien Frère Musulman.

Observatoire de l’islamisation, 28 janvier 2019. 

[1]Page 85, issue de l’exemplaire de l’Institut du Monde Arabe édité par l’Office des Publications Universitaires, Alger (code bibliothèque 244.221 IBN A).

[2]Vidéo Youtube intitulée « Mohamed Bajrafil – Les critiques sur Tariq Ramadan »

[3]Qaradawi prescrit de tuer les apostats, les juifs et les homosexuels. Ce chef spirituel des Frères Musulmans voit la Shoa comme un « châtiment divin » et espère que les musulmans châtieront à leur tour les juifs comme Hitler.

[4]Vidéo Youtube intitulée « Mohamed Bajrafil – D’où viennent les grands savants musulmans ? »

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