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Rapatriement des djihadistes : avantages et inconvénients

L’annonce par la voix du ministre de l’Intérieur mardi 29 janvier que la France s’apprête à rapatrier 130 djihadistes, enfants compris, depuis la Syrie où leur présence en prison deviendra incertaine après le retrait américain, fait beaucoup réagir. L’effet immédiat d’une telle annonce avant toute réflexion sur les raisons provoquent l’indignation de nombreux français à la suite de l’opposition de droite. Il faut donc comprendre ce qui pousse le gouvernement français à agir ainsi, de manière dépassionnée.

 Le retrait américain va fragiliser les Kurdes du YPG qui maintiennent ces personnes en prison, et rien de dit qu’en cas de défaite kurde contre une incursion turque, une offensive des djihadistes de Tahrir al-Cham (HTS)du Front national de libération (FNL)soutenu par la Turquie, ces prisonniers ne s’évaporent dans la nature. Dans le chaos des combats, non que la Turquie veuille les voir en liberté, il est possible que les forces spéciales kurdes délaissent la protection de la prison pour alimenter le front.

Erdogan a début janvier opposé une fin de non-recevoir au conseiller de Trump John Bolton, qui voulait le rencontrer pour demander une clémence en faveur des kurdes. Au lieu de cela, les rebelles dirigés par l’armée turque ont encore attaqué les YPG à Kafr Khashir et Mar’naz (nord Syrie) ces derniers jours !

Les kurdes, lâchés par les américains, se doivent de retrouver un allié étatique solide et seul le gouvernement officiel syrien pourrait maintenant les épauler. Cela a été bien compris de part et d’autre, et un possible transfert des prisonniers djihadistes européens à l’Etat syrien serait à l’étude. Aussi, les kurdes insistent auprès des chancelleries européennes pour qu’elles récupèrent leurs citoyens, la gestion de près de mille prisonniers pour une si petite structure proto étatique est une charge lourde.

La France ne veut pas prendre le risque que ces prisonniers extrêmement dangereux en ce qui concernent les hommes, tentent de gagner la France en cas d’abandon kurde de leurs prisons.

Et là, arrive le dilemme. Quelle est la solution la moins pire pour la France ? Escorter par les forces spéciales françaises les détenus vers l’hexagone et maintenir en détention préventive les djihadistes ou supposés tels ?

Déjà, analysons ce chiffre de 130 personnes. Sur ces 130 personnes, environ 80 sont des enfants en bas âge.  Sur les 50 personnes restantes, environ la moitié sont des femmes. Parmi les femmes, sept ou huit sont considérées comme de « vraies » djihadistes. Parmi celles-ci se trouve par exemple la Bretonne Emilie König, rappelle le journal. Elle a été un temps la recruteuse de Daech et placée sur la liste noire des « combattants terroristes étrangers » par la CIA.

Parmi les hommes, on compte aussi des « figures » du djihad français. Le Monde évoque ainsi la présence d’Adrien Guihal, l’une des voix françaises qui avait revendiqué l’assassinat à Magnanville d’un policier et de sa compagne en juin 2016 puis l’attentat de Nice, le 14 juillet ; et des membres de la filière d’Artigat, par laquelle sont passés les frères Clain et les frères Merah.

 Toute l’efficacité dépendra du traitement judiciaire. Comme l’a mis en évidence le Centre d’Analyse du Terrorisme, les suspects sont dorénavant plus judiciarisés en Cour d’assise qu’en correctionnelle -c’est heureux- et leur peine peut s’élever à trente ans lorsqu’ils sont convaincus d’avoir pris part aux combats. Malheureusement, lorsque des suspects djihadistes passent en correctionnelle, les peines sont plus courtes, environ douze ans. Que feront-ils dans douze ans ?  Mais en cas de manque de preuves, est-il raisonnable de condamner certains à quelques années de prison, en sachant qu’ils seront libérés dans moins de dix ans sans savoir leur pensée profonde quant à leur rapport au terrorisme ?

Déjà, cinquante-sept condamnés pour terrorisme seront relâchés avant 2020 a indiqué la Garde des sceaux Nicole Belloubet à l’émission Complément d’enquête en février 2018. Un « suivi » avec bracelet électronique est promis à leur libération, mais ces bracelets n’ont pas empêché le terroriste Adel Kermiche d’assassiné le Père Hamel !

Autre incertitude, les enfants. Pour ceux qui ont passés la barre des dix ans et biberonnés depuis leur naissance à la haine du « mécréant » et de l’occidental, combien passeront à l’acte plus âges, et combien seront psychologiquement récupérables ?

Ainsi les deux alternatives sont périlleuses tant qu’une vraie perpétuité n’existera pas pour les djihadistes convaincus ou les individus ayant eu des relations étroites avec eux. L’évolution des enfants hors cadre familial, placés dans des familles d’accueil, serait inédit et un manque de recul quant à de telles expériences de « décontamination » fait défaut.

La solution de l’abandon des prisonniers à leur sort, en cas de non transfert dans des prisons syriennes, a sa part de risque car il est possible que certains arrivent à regagner l’Europe par la Turquie tant la frontière est poreuse et les complicités djihadistes avérées avec les turcs.

Observatoire de l’islamisation, février 2019.

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