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Des agents de la DGSI dépités par le laxisme judiciaire contre les djihadistes

C’est un document exceptionnel que le livre du journaliste Alex Jordanov Les guerres de l’ombre de la DGSI, plongée au cœur des services secrets français éditions Nouveau Monde, avril 2019. L’auteur a mené des dizaines d’entretiens avec les hommes de la Direction générale de la sécurité intérieure en charge d’infiltrer les islamistes radicaux.

 Extrait des pages 199 et 200 :

 

Alex Jordanov : On peut donc craindre le pire pour les 500 djihadistes[1]que le gouvernement a décidé de rapatrier de Syrie en 2019 ? Même si les peines seront un peu plus lourdes que celles pour les condamnés « made in France ».

 

Agent 1 : – Macron a toujours esquivé les questions liées à l’islam. Ces 200, 300 types vont être des stars en prison. Avec un savoir-faire non négligeable. Et comme la prison est un incubateur de radicalisme, les rapatrier c’est comme donner une surdose de vitamines à l’islamisme français.

Sur les plateaux télé les différents membres du gouvernement défilent pour défendre la décision. Le ministre de la Justice Nicole Belloubet parle de femmes et d’enfants, Marc Fesneau justifie la décision par le besoin de les « avoir à l’œil », enfin Christophe Castaner promet de les « judiciariser à leur descente d’avion…Il n’y a guère que le président Macron face au tollé soulevé dans l’opinion et à l’aube d’élections européennes qui a fait marche arrière et du bout des lèvres a annoncé qu’il n’y avait pas encore de programme de retour pour djihadistes.

Agent 2 : -Ah ben si c’est pour les judiciariser comme Larossi Abballa, et tous les autres…Abballa sort libre en préventive[2]et va égorger une famille de collègue devant leur gosse de 3 ans, Coulibaly pareil, il sort à la fin de sa préventive et va taper l’Hyper Cacher. Tous. Nice, l’égorgeur du prêtre libéré contre l’avis du parquet, même Medhi Nemmouche : multiples condamnations et incarcéré cinq ans au total. Il rentre en prison, il est sportif et sympa. Il ressort radicalisé. En 2012 il fait deux ans en Syrie comme geôlier et bourreau de Daech, un petit tour en Asie et le revoilà en Europe au printemps 2014. Deux mois plus tard, il tape le musée juif à Bruxelles. Et tu crois que dans le lot des revenants, il n’y a que des gentils qui faisaient le ménage et la compta chez les émirs ? C’est tragique qu’au Quai d’Orsay, il n’y ait pas un seul diplomate qui puisse négocier avec le méchant Assad pour qu’ils soient jugés et fassent leur peine dans le pays où ils ont commis des crimes, ne serait-ce que pour association dans un but…terroriste ? Daech c’est une association de malfaiteurs, non ? L’Irak a décidé de garder ceux qui ont commis des crimes chez eux. »

Notes complémentaires :

Larossi Abballa était connu pour de nombreux faits de droit commun (vol, recel, violences). Surtout, il avait déjà été condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis en 2013 pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes ». Mis en examen en 2011 par les juges d’instruction antiterroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux aux côtés de sept autres personnes originaires de la banlieue parisienne, Larossi Abballa était accusé d’avoir recruté des candidats, de les avoir endoctrinés et de s’être préparé physiquement avec eux pour aller mener le djihad dans la zone tribale entre le Pakistan et l’Afghanistan. Entre le 5 décembre 2010 et le 26 février 2011, les huit hommes s’étaient retrouvés régulièrement en fin de semaine pour s’entraîner physiquement dans les parcs de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et d’Argenteuil (Val-d’Oise).

Mohamed Lahouaiej Bouhlel : Tunisien ayant bénéficié d’un titre de séjour de 10 ans en 2009, époque où le gouvernement Sarkozy décida de porter à 80 000 le nombre de visas annuels pour les tunisiens, il a tué plus de 86 personnes et en blessa 486 à Nice le 14 juillet 2016. Condamné pour vol, puis agression d’un automobiliste avec une planche cloutée en janvier 2016 (seulement 6 mois avec sursis), il a pu rester sur le territoire à cause de la fin de l’automaticité de la « double peine » décidée par Sarkozy en 2003, permettant aux délinquants étrangers condamnés de rester en France.

Adel Kermiche, qui a tué le père Hamel à St-Etienne-du-Rouvray en août 2016, fut décrit comme « une bombe à retardement » par plusieurs témoins avant son passage à l’acte. Jamais condamné, il avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire en mars 2015 pour avoir tenté de rejoindre les terres du jihad. Après une seconde tentative en mai 2015, il avait été incarcéré, période au cours de laquelle il se serait encore davantage radicalisé, avant d’être libéré en mars 2016, contre l’avis du parquet, et assigné à résidence sous surveillance électronique.

Jawad Bendaoud, le logeur de Daech, relaxé par la 16èmechambre du TGI de Paris en février 2018, était pourtant actif sur les forums djihadistes et côtoyait plusieurs terroristes lors de son passage en prison pour meurtre en 2008[3]…Incroyable alors qu’entre 2012 et 2013, à la prison du Val de Reuil il croisa déjà la route de Kaci Ouarab condamné à neuf ans de prison pour lien avec une entreprise terroriste, lieutenant de Safé Bourada chef de la cellule de Trappes Ansar al-Fath. Cette cellule démantelée en 2005 une première fois planifiait des attentats dans le métro parisien. Selon Alex Jordanov « A la prison de Val de Reuil, le logeur de Daech va également sympathiser avec deux autres délinquants récidivistes aux penchants djihadistes prononcés : Mongi R. et Djaoued L. Un an avant l’assaut du Raid à Saint-Denis, les services de renseignement pénitentiaire vont repérer un groupe Facebook d’anciens détenus vantant les mérites du terrorisme et postant des vidéos d’entrainement de djihadistes quelque part au Moyen-Orient. Parmi les participants de ce groupe fermé : Jawad. » (page 194).

Lavé et libéré par la juge Isabelle Prévost-Desprez, Jawad Bendaoud a publié des vidéos sur les réseaux sociaux en juin 2018 où il joue à la console vidéo avec un garde du corps d’Emmanuel Macron, Macao, ami du couple présidentiel. Surréaliste.

 

[1]Un premier groupe de djihadistes d’environ 130 personnes environ (femmes et enfants inclus) suivi de deux autres groupes pour un total d’environ 500 personnes.

[2]Pourtant, Abballa passa plus de 200 coups de fil téléphonique à Jérémie Bailly, le chef de la cellule terroriste de Cannes-Torcy, bien avant son passage à l’acte.

[3]Condamné en 2008 à huit ans de prison pour avoir tué au hachoir un adolescent de 16 ans, il sort déjà en septembre 2013 pour reprendre son activité de caïd.

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