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“La prison, c’est l’ENA du djihad”, estime un chercheur

«  Les djihadistes exploitent les prisons pour se consolider, pour se reconfigurer. L’espace de recomposition de la mouvance djihadiste, c’est les prisons« . Hugo Micheron. Effectivement, ils vont tous sortir un jour ou l’autre. 

Dans une enquête sur les réseaux djihadistes en France, Hugo Micheron explique que la prison est le terreau du radicalisme en France. 

Vendredi dernier, la garde des Sceaux Nicole Belloubet confiait à Libération qu’elle ne voyait « pas d’autre solution que de rapatrier en France les djihadistes français détenus par les Kurdes en Syrie ». Interrogé sur Europe 1, samedi 11 janvier, le chercheur à l’Ecole Normale Supérieure Hugo Micheron a estimé que c’était une très mauvaise idée, car pour lui, qui s’est entretenu avec près de 80 djihadistes incarcérés, les prisons françaises sont de véritables terrains de radicalisation. 

« Les djihadistes exploitent les prisons pour se consolider, se reconfigurer. Ils ont acté leur défaite sur le terrain au Moyen-Orient, donc l’espace de recomposition de la mouvance djihadiste, c’est les prisons », explique Hugo Micheron, qui détaille les conclusions de son enquête dans un livre sobrement intitulé Le djihadisme français. Pour le chercheur, l’essentiel est de comprendre ce qui se passe en prison. « On croit trop facilement que la prison est une impasse dans lequel le djihadiste finirait sa course, alors que pour beaucoup, c’est une étape dans une carrière de djihadiste », avertit-il. Car pour lui, « la prison, c’est l’ENA du djihad ». Les structures pénitentiaires ne sont d’ailleurs pas les seuls vecteurs de radicalisation. Hugo Micheron alerte également sur la création de nombreuses écoles privées hors contrat, dans lesquelles les enfants sont radicalisés. « Un djihadiste m’explique que le but est d’étendre les rangs en éduquant leurs enfants dans la doctrine djihadistes. C’était aussi le projet de Daech », explique-t-il. 

Pour l’auteur, la responsabilité est clairement française. Il dénonce d’ailleurs la « cécité » d’une société qui a été dans le « déni » pendant des années et a violemment pris conscience de la situation seulement en 2015, après l’attentat de Charlie Hebdo. « L’affaire Merah [en 2012] aurait dû révéler la nature du djihadisme français alors qu’elle a été analysée comme un vulgaire fait divers », déplore le normalien. « On n’a pas voulu voir » ce qui nous attendait en France, poursuit-il, estimant qu’il « faut sortir d’une double posture dans lequel le débat public est enfermé, le premier c’est le déni et l’autre l’hystérisation ». Pour Hugo Micheron, il est primordial de comprendre les djihadistes pour endiguer les réseaux. « Il n’ont jamais été aussi nombreux. Les djihadistes sont cent fois plus nombreux en 2015 qu’en 1990. On ne pourra résoudre ce problème que si l’on arrive à comprendre ce qu’ils font. On a du temps. On est seulement à l’an 5 de la prise de conscience, la France a les moyens de répondre à cet enjeu », conclut-il sur une note d’espoir. 

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