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Le CFCM et l’AMIF s’allient pour organiser l’islam en France : décryptage

Le 6 mars 2020 Le Monde publiait la tribune des dirigeants de l’Association musulmane de l’islam de France (AMIF) et du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) -dont le bureau vient d’être remanié- intitulée « Nous avons décidés d’unir nos forces ».

Une batterie de propositions est mise sur la table, dont la gestion des ressources du marché du halal et du pèlerinage afin de dégager des revenus au profit de ce tandem, la « lutte contre l’extrémisme » et la continuité des financements turcs et maghrébins dont sont issus les dirigeants. En disant vouloir interdire les financements provenant de pays autres que ceux « dont le lien sociologique avec la France est avéré », il s’agit de s’opposer aux financements qatariens et saoudiens tout en laissant la Turquie, le Maroc et l’Algérie continuer à financer leurs réseaux de mosquées. Mais dorénavant, le poids numérique des musulmans leur permet de financer eux-mêmes leurs mosquées, donc il s’agit d’un sujet bien secondaire.

Il faut se pencher sur l’identité des signataires de cette tribune pour comprendre que la promesse de la « lutte contre l’extrémisme » est peut-être possible contre la pensée takfiriste de l’Etat islamique, mais certainement pas contre l’extrémisme des Frères Musulmans et de la Turquie dont les membres du CFCM et de l’AMIF sont imbibés.

Par exemple, Ibrahim Alci, vice-président du CFCM et un des quatre signataires de la tribune, dirigera la grande mosquée turque Eyyup Sultan de Roubaix (photo ci-dessus), et a fait visiter le chantier en octobre dernier à l’ambassadeur de Turquie en France, démontrant que cette mosquée est acquise à l’islamisme d’Erdogan. N’oublions pas que l’administration religieuse d’Erdogan a fait organiser des prières pour la réussite du djihâd en Syrie et notamment contre les kurdes dans les dizaines de milliers de mosquées du pays. L’islam pratiqué en Turquie est dorénavant compatible avec celui de la brigade djihadiste Sultan Murad qui opère en Syrie et Libye ainsi que celui du Parti islamique du Turkestan actif aussi dans ces zones de guerre religieuse.

Avec 8 élus sur 17 au nouveau conseil d’administration élu du CFCM, les turcs sont incontournables dans l’organisation et la ligne islamo-politique et neo califale d’Erdogan ne sera pas remise en cause.

Alors que les Frères Musulmans n’ont obtenu qu’un élu sur dix-sept, marginalisés, ils reviennent donc par la fenêtre avec l’AMIF qui compte beaucoup de ses sympathisants dans son « conseil théologique ». Hakim El Karoui qui préside l’AMIF est le visage bon teint et médiatiquement acceptable de cet aéropage de religieux formés à l’école de la confrérie islamiste.

L’imâm Mohamed Bajrafil d’Ivry-sur-Seine fait aussi partie de ce Conseil théologique de l’AmifIl se présente comme formé par des pontes des Frères Musulmans comme  Safwat Hegazi  et Al Qaradawi (il est fier de les présenter comme « Ses références » dans son auto-biographie sur son site officiel). Dans son livre récent Islam de France an I, (éditions Plein jour, 2015) Bajrafil qualifie de “livre de référence du droit musulman dans la gestion du pouvoir” (p.37) le livre Les Statuts gouvernementaux de El Mawerdi  (972-1058),  traité de droit devant guider un califat idéal, qui interdit d’édifier des églises entre autres discriminations légales contre les chrétiens:

« ils ne peuvent élever en pays d’islam de nouvelles synagogues ou églises, qui sont, le cas échéant démolies à leur détriment » (page 308, édité par les Editions du patrimoine Arabe et Islamique, bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe). Le refus du statut de Dhimma comprenant vexations et impôt (jizya) a pour conséquence l’annihilation des Chrétiens. Page 31 des Statuts Gouvernementaux ont lit effectivement : « Combattre ceux qui, après y avoir été invités, se refusent à embrasser l’islam, jusqu’à ce qu’ils se convertissent ou deviennent tributaires ».

Sans aucune ambiguïté, Bajrafil prend logiquement la défense du « grand manitou » spirituel des Frères Musulmans, Youssef Al Qaradawi, dont il dit beaucoup de bien dans une conférence : « un grand homme » même s’il condamne sa vision de Hitler comme porteur d’un châtiment divin contre les juifs (il ne pourrait de toute façon pas endosser cette thèse publiquement et espérer prospérer dans les médias français). Il le considère pourtant comme « un très grand savant, quelqu’un dont on a appris bien des choses de sa philosophie de la charia ». Ses prescriptions de tuer apostats, juifs et de conquérir l’Europe doit être la marque d’un grand savant éclairé.

Sur Tariq Ramadan, il évite soigneusement de le critiquer durement, en disant « au moins il a travaillé, il a fait réfléchir sa tête, il a sorti de sa tête ce qu’il croit être bon pour sa communauté (…) Pourquoi faire des mises en garde contre Tariq Ramadan ?» (Source).

Tareq Oubrou est aussi membre du conseil théologique de l’AMIF décidemment noyauté par la mouvance frériste. Dans un livre d’entretien intitulé Le Prêtre et l’imâm publié en août 2013, l’imâm de Bordeaux se revendiquait des Frères Musulmans. A une question sur « l’influence grandissante de groupes islamistes » en France, Tareq Oubrou admet « continuer d’être membre du mouvement [des Frères Musulmans] » sans aucunement le critiquer, en prétendant qu’il « modernise la religion sans toucher à l’essentiel ». Il livra sa vision profonde de l’islam peu conforme à l’idéal de la République française lors d’une conférence destinée à un public de fidèles, intitulée Les bases de la compréhension de l’islam chez l’imâm Al-Banna. On l’écoute prononcer ces phrases :

« La politique est une donnée, est une partie, est un élément de l’islam. Le Prophète était un chef d’Etat […] La politique des musulmans ce n’est pas la politique des autres, la politique des autres est construite sur le mensonge […] L’islam comme le veut le Coran touche à tous les domaines de la vie. C’est un Etat, c’est un pays […] il regroupe toute la communauté dans une géographie. Il n’y a pas de frontières […]la frontière entre deux pays est une hérésie méprisable en islam. Les Frères musulmans ne reconnaissent pas les frontières entre les peuples musulmans. […] Le Califat est une obligation, et la réunion des musulmans, l’union autour de ce Calife est une obligation. Et tant que les musulmans ne sont pas réunis autour du Califat, ils sont des pécheurs, sauf ceux qui œuvrent pour restaurer ce Califat ».

Il faut absolument que le gouvernement français s’oppose à ce que le CFCM et l’AMIF puissent obtenir de collecter et réguler de l’argent sur le marché halal comme ils en ont l’intention, et de former les imâms.  L’association en projet« aura aussi pour mission de collecter des dons et des legs susceptibles de financer la réponse aux enjeux nationaux que nous venons de décrire ».

Au prétexte qu’on trouvera toujours plus extrémistes qu’eux, il faudrait leur faire confiance pour « bannir les idéologies qui instrumentalisent la religion à des fins politiques ». Les rédacteurs se sont bien gardés de nommer le frérisme et le salafisme évidemment.

« La lutte contre l’extrémisme et la violence commise au nom de l’islam, est essentielle. C’est par un travail culturel et théologique ambitieux, efficace aussi dans sa diffusion que nous pourrons contrer les discours de haine, de séparation, de sécession qui prolifèrent aujourd’hui sur les réseaux sociaux » lit-on dans la tribune. Quand on sait que Bajrafil se partageait la tête d’affiche avec Hassan Iquioussen d’un gala de soutien à un groupe islamiste mauritanien au siège de l’UOIF à Saint-Denis en mai dernier, et qu’il a invité le 24 octobre  le prédicateur salafiste marocain Zine El Abidine Balafrej dans sa mosquée d’Ivry-sur-Seine, c’est fort de café de nous servir le discours du rempart contre l’extrémisme.  Le sociologue marocain Hicham Houdeifa a présenté Balafrej  sur le média Al Fanar : « Balafrej est une star de la mouvance salafiste au Maroc, avec sa propre chaîne YouTube, sa page Facebook et son site Web. Il enseigne et prêche dans les mosquées, publie des livres et publie des fatwas. Ses conférences sont suivies non seulement par des étudiants, mais par des adeptes et des fans. 

Il a défendu le niqab (couvrant tout le visage) et a déclaré que la tradition marocaine appelle les femmes à ne montrer  qu’«un seul œil» et qu’une «munaqqaba respectable (femme voilée) ne peut pas entrer dans un café où il y a des hommes ou s’asseoir avec des femmes dévoilées». Si elle le fait, elle est «une menteuse» et peut-être «une prostituée». »

Nous suivrons de très près l’évolution de ce projet en binôme d’autant qu’Hakim El Karoui connaît personnellement le président de la république. Si ce projet devait aboutir, Emmanuel Macron serait définitivement disqualifié pour prétendre lutter contre l’islam politique et le « séparatisme » des islamistes.

Observatoire de l’islamisation, 13 mars 2020.