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Le Grand cadi d’al-Andalus, grand-père d’Averroès, exigea la déportation des chrétiens

Professeur de pensée et civilisation arabes à l’université de Toulouse-II, Dominique Urvoy est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Les Penseurs libres dans l’Islam classique (Albin Michel, 1996), Histoire de la pensée arabe et islamique (Seuil, 2006). Il revient dans sa biographie d’Averroès (Ibn Rushd) sur l’attitude de son grand-père vis-à-vis des chrétiens andalous, alors qu’il est le gardien de l’orthodoxie musulmane de par sa fonction :

« Abû-l-Walîd b. Rushd accepte du sultan ‘Alî, le fils du conquérant de l’Espagne Yûsuf b.Tâshfîn, la charge de « cadi de la communauté » de la province, en 1117. Les Almoravides ont confondu cette institution avec celle que l’on appelait en Orient « cadis des cadis », ou juge suprême. Progressivement, les deux termes deviennent interchangeables alors qu’ils renvoyaient, avant le XIème siècle, à des fonctions distinctes. Cela correspond à l’effort de centralisation voulu par la nouvelle dynastie. Elle imite, en cela, le califat abbasside de Bagdad car elle lui a fait ouvertement allégeance, consacrant la rupture avec l’isolement voulue par la dynastie andalouse qui, jusqu’en 1031, prétendait maintenir la légitimité des Umayyades de Damas, détruite au VIIIe siècle par leurs rivaux irakiens.  (…) Etant ainsi à la tête d’une hiérarchie de magistrats, de desservants de mosquées et de prédicateurs, le cadi suprême peut se voir consulté sur des sujets très divers. Notre personnage nous a laissé nombre de ces consultations juridiques (fatwâs) qui ont fait longtemps autorité. (…)

En 1125, le roi d’Aragon, Alphonse Ier le Batailleur, est appelé  à la rescousse par les chrétiens d’Al-Andalus. Ceux-ci que l’on nomme traditionnellement « mozarabes » , c’est à dire « ceux qui se veulent arabes », endurent en effet, depuis l’arrivée des Almoravides, des persécutions constantes, alors qu’elles n’étaient que sporadiques auparavant. La date cruciale est sans doute 1099, où le pouvoir fait détruire une église proche de Grenade, à laquelle les fidèles attachaient une signification particulière. De vexations en oppositions, on abouti à l’expédition du puissant voisin, qui accomplit un raid à la fois impressionnant et sans résultat notable, si ce n’est de mettre en péril ses alliés locaux. Abû-l-Wâlid b.Rushd, bien qu’âgé, juge la situation suffisamment préoccupante pour faire le voyage de Marrakech, capitale de l’empire.

Dominique Urvoy, Averroès, Les ambitions d'un intellectuel musulman, Flammarion, 2008

Dominique Urvoy, Averroès, Les ambitions d’un intellectuel musulman, Flammarion, 2008

Il prône l’expulsion des chrétiens, mesure que le souverain renforce encore en les faisant déporter vers les régions de Meknès et de Salé, où ils seront absorbés par la population musulmane, comme le seront les victimes de quatre déportations ultérieures.

(…) Son ouvrage principal consiste en un « exposé (bayân) » des réponses à des cas d’espèce données par les premiers docteurs du malékisme, réponses compilées au IXème siècle par l’Andalou al-‘Utbî. (…)

Non seulement tout cela paraît ne refléter qu’une fidélité à la plus nette tradition mâlékite d’Al-Andalus, ce qui correspondrait à l’image caricaturale donnée habituellement des Almoravides, réputés être axés sur un sec juridisme, mais par certains aspects on voit Ibn Rushd renforcer l’idéologie de ceux-ci. C’est le cas entre autres pour la question de l’attitude à adopter envers les non-musulmans, et plus précisément pour la guerre sainte (jihâd). Sa position vis-à-vis des mozarabes révoltés, dont nous avons parlé plus haut, ne tient aucun compte des vexations subies par eux et il se réfère seulement au prétendu « pacte » que ceux-ci sont censés avoir passé avec le pouvoir musulman pour continuer à subsister sous lui et et ne pas être anéantis. Une fatwâ le montre partageant l’inquiétude générale sur les conversions de chrétiens à l’islam, conversions qui ne pourraient n’être que de façade. Quand à la guerre sainte qui fut le « label de qualité » des Almoravides, elle lui apparaît, même après la victoire de ceux-ci, comme un devoir non simplement collectif, un groupe de volontaires suffisant à dédouaner la communauté, mais individuel et obligeant chaque être capable. »

Dominique Urvoy, Averroès, Les ambitions d’un intellectuel musulman, Flammarion, 2008. Pages 21-26

À noter que l’école sunnite malékite à laquelle il est fait référence est officielle en Algérie et au Maroc aujourd’hui, et choisie par la Grande Mosquée de Paris ainsi que par le Rassemblement des Musulmans de France qui contrôle le CFCM.

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Fréjus et Cogolin étaient des bases de pirates andalous pour asservir les chrétiens et les déporter à Cordoue

La « tolérante » Andalousie musulmane avait besoin d’esclaves, et c’est sur les côtes de Provence, notamment à Cogolin et Fréjus que ses pirates s’établirent pour lancer leurs razzias contre des populations déportées ensuite à Al Andalus.

Extrait du livre L’Espagne Musulmane d’André Clos, Tempus-Perrin, 1999, page 125 :

Espagne Musulmane

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Quand les ulémas de Cordoue appuyèrent la destruction des livres philosophiques et scientifiques « interdits par la religion »

Histoire

Extrait de la page 145 de L’Espagne Musulmane d’André Clos, éditions Perrin, 1999 :

Espagne Musulmane

Alors que le calife Al Mansûr ou Almanzor  (938-1002) vient de prendre le pouvoir à Cordoue en 978 , il cède face aux docteurs de la loi islamique (ulémas) ennemis déclaré des philosophes :

« De nombreux ouvrages de la grande bibliothèque de Cordoue avaient été détruits peu après son arrivée au pouvoir. Sous l’influence, semble-t-il, de Zubaidi, le précepteur du calife, il ordonna, cette fois, de brûler et de détruire les ouvrages traitant des sciences anciennes. Il convoqua les ulémas les plus renommés, les conduisit dans la grande bibliothèque de Hakam II, où il leur dit qu’il avait résolu de détruire les livres qui traitaient de philosophie, d’astronomie et d’autres sciences interdites par la religion. Il les pria de trier eux-mêmes les livres à détruite. Quand ils eurent accompli leur besogne, il en fit jeter une partie dans des puits, enfouir d’autres sous la terre. Puis il fit dresser des bûchers auxquels il mit lui-même le feu. C’était un acte de vandalisme impardonnable. Il y avait parmi les livres détruits des oeuvres que Hakam s’était procuré avec avec beaucoup de difficultés et à grand prix, certaines d’une extrême rareté, que le feu de Mansur avait détruit à jamais. (…) Comme il s’y attendait, cet acte odieux produisit un excellent effet parmi les ulémas et le peuple, d’autant plus qu’à partir de ce moment il manifesta une piété ostentatoire. Il se proclama le soutien de la religion et l’ennemi juré des philosophes. Il avait besoin des religieux, une des composantes fondamentales de la société d’Al Andalus, pour réaliser les grands desseins (…) Lire la suite dans le livre d’André Clos.

L’Etat islamique ne fait que reproduire les destructions classiques  dès lors que le parti religieux a pris le dessus sur les califes à toutes les époques.